Renato Nicolodi

Iconostasis I

Pavilion 0
Signum Foundation Palazzo Donà, 
Campo San Polo 2177
55ème Exposition internationale d’art contemporain
la Biennale di Venezia
1er juin – 24 novembre 2013

Le terme iconostase désigne la cloison ornée d’icônes qui, dans les églises orthodoxes, sépare la nef du sanctuaire. La structure en bois représente un bas-relief d’une structure architectonique avec différentes entrées latérales et une entrée principale, qui donnent accès à un espace subjectif invisible auquel il ne peut être accédé que mentalement. Le spectateur est ainsi invité à la réflexion après avoir pris place sur un banc placé devant le bas-relief, qui fait aussi partie de l’installation. 

bio

« Architettura Metafisica »

La mélancolie de l’espace vide dans l’œuvre de Renato Nicolodi

 

La « Ruinensucht » (amour des ruines), comme les Allemands l’appellent si justement, est ancrée en l’homme (post)moderne. Nous aimons nous promener dans des sites historiques qui incarnent la promesse de l’authenticité et une gloire passée. Cette quête excessivement romantique révèle notre lutte avec les valeurs classiques qui ont été perdues au fil du temps à travers le processus occidental de modernisation. Il ne faut pas être un pessimiste culturel pour se rendre compte que les reliques matérielles préservent les choses qui passent. Ce qui nous amène directement au thème central qui sous-tend l’œuvre de Renato Nicolodi : la « res cogitans » ou chose pensante qui est présente dans les choses elles-mêmes. Prenons le temps d’explorer cette assertion.

 

Peut-on ou doit-on chercher à lier l’œuvre de Nicolodi à ses illustres contemporains ? Sans pour autant vouloir ajouter à son œuvre au moyen de telles connotations, cet exercice pourrait néanmoins s’avérer fructueux. Jusqu’à un certain point, les installations de Nicolodi sont alignées sur un certain nombre d’aspects de l’art contemporain, mais à la fois elles semblent s’en distinguer radicalement. Anish Kapoor est fasciné par la dialectique entre la plénitude et le vide ; dans ses œuvres des débuts, des volumes de pierre enveloppent des vides mystérieux. Avec ses créations architecturales, Rachel Whiteread réussit à retourner des murs et des ouvertures. Le couple d’artistes Anne et Patrick Poirier déconstruit l’archéologie du monde ancien avec beaucoup de poésie. Les sculptures en briques de Kirkeby reflètent la structure de la terre. Christo s’est fait un nom en vidant des bâtiments emblématiques de leur symbolique historique et en accentuant l’esthétique de leur langage stylistique individuel.

Chacun de ces aspects participe de la même manière à l’œuvre de Nicolodi : le dialogue entre la plénitude et le vide, la réversibilité des volumes, les références archéologiques et l’esthétique en tant que telle. Mais cette énumération n’explique pas complètement le langage artistique de Nicolodi.

Selon le crédo de l’artiste, ce qui est considéré comme substantiel en architecture devient sujet à une implosion. En architecture, fonctionnalité et liberté artistique sont censées aller de pair. Pour les grands architectes (Palladio, Le Corbusier, Kahn, parmi d’autres), ce concept est encore un dogme actuel, vivant. Les arts plastiques ont peu à voir avec l’utilité, la praticabilité et l’intégration sociale. En d’autres termes : la liberté artistique ne peut donc être restreinte, dictée, définie ou contenue par une pensée utilitaire. Cependant, de nombreux architectes contemporains se demandent à juste titre si, plutôt que de se compléter, ces deux idéaux ne sont pas en conflit. Néanmoins, l’œuvre de Nicolodi nous amène à ce point : le fantasme de l’architecte réalisé en une œuvre d’art. L’architecture dépourvue de toute fonctionnalité, ne fonctionnant plus comme architecture. De cette manière, l’architecture – en tant que moyen d’expression – dans l’œuvre de Nicolodi, acquiert un caractère utopique qui n’est pas sans rappeler les projets visionnaires de Ledoux ou Boullée à l’Âge des Lumières.

(Johannes Késenne, extrait d’un texte commandé par le FLACC – Espace de travail pour artistes plasticiens, à Genk – pour leur annuaire 2012)

www.renatonicolodi.com