Wunderkammer

Wunderkammer Venezia 2013, cabinet de curiosités contemporain

Palazzo Widmann,
Calle Larga Widmann (Rialto/Ospedale)
55ste Internationale Kunsttentoonstelling
la Biennale di Venezia
1 juni – 29 september 2013

Les Wunderkammer - ou cabinets de curiosités - apparus en Europe à la Renaissance, sont à l’origine desmusées d’art et d’histoire naturelle. Véritables chambres de collectionneurs, on y trouvait des curiositésen tout genre, avec un goût prononcé pour l’étrange et l’inédit. On y présentait notamment des oeuvresd’art, des objets antiques ou symboliques mais aussi des objets d’histoire naturelle tels que des animauxempaillés, des insectes rares ou des squelettes. Allant de pair avec les grands projets de classificationuniverselle chère aux humanistes de l’époque, des catalogues illustrés faisaient souvent l’inventaire de cescollections pour le moins hétéroclites. Cela permettait dès lors d’en diffuser le contenu auprès des savantsde toute l’Europe.

Ces cabinets de curiosités, bien qu’empreints de légendes populaires et de croyances - car il n’était pasrare d’y trouver des traces d’animaux mythiques comme du sang de dragon ou des cornes de licornes-, ont joué un rôle fondamental dans l’essor de la science moderne avant de s’éteindre dans le courantdu XIXe siècle, faisant place aux institutions officielles. L’exposition Wunderkammer, cabinet de curiositéscontemporain, rassemble plus de 20 artistes plasticiens. Ils ont également ceci de commun qu’ils créent,à travers leur art, des mondes imaginaires. La réunion de leurs oeuvres évoque l’ambiance singulière etmystérieuse, toujours à la frontière entre science et croyance, du cabinet de curiosité renaissant.Dans ce parcours aux allures initiatiques, le visiteur aura l’occasion de découvrir une Wunderkammer - littéralementchambre des merveilles - aux accents résolument contemporains. Pour ce faire, les artistes sesont volontiers prêtés à l’exercice de style, laissant de côté les espaces épurés qui mettent traditionnellementleurs oeuvres en valeur au profit d’une scénographie d’accumulation, inspirée des cabinets d’antan.

bio

Pascal Bernier
Pascal Bernier, né en 1960, vit et travaille à Bruxelles (B). L’artiste se définit comme un peintre qui s’intéresseaux conditions de perception et de réalisation des images. Son oeuvre revisite la tradition picturale dela nature morte et de la vanité. À travers des installations, des vidéos, des sculptures ou des photos, PascalBernier donne à voir une nature désenchantée : animaux bandés, peluches momifiées, papillons à l’agonie,industrialisation de la production animalière, disparition des espèces... L’artiste développe une oeuvrepoétique et critique, drôle et fétichiste. L’art et la mort sont intimement liés. À la fois inquiétant et ludique,ce travail propose un questionnement autour de la nature humaine. Il nous invite à découvrir un universoù la nature est revisitée par l’homme et son monde. Pascal Bernier nous montre la société industrialiséeoccupée à absorber la nature pour la faire sienne, afin qu’elle réponde à des besoins de production et derentabilité et ce, au risque de la malmener.

Ulrike Bolenz
Photoplasticienne d’origine allemande, née en 1958, installée à Bruxelles (B), Ulrike Bolenz est présentedans plusieurs collections privées et publiques. Elle a participé à plusieurs foires européennes, telles queles Elysées des Arts à Paris, Berliner Liste à Berlin ou encore Zebra en Belgique. Ulrike Bolenz imposeson jeu de transparence en enfermant des silhouettes photographiées dans le plexiglas. En leur offrantune seconde peau tatouée d’acrylique, elle renforce l’expression des corps et des visages qui jaillissentdu support pour se confronter aux spectateurs. Son choix d’accrochage en suspension accentue l’effetirréel de son travail. Nous sommes mis en relation frontale avec ces fantômes emprisonnés dans leur vieimmatérielle. Il n’y a plus d’attaches tangibles au réel mais des ombres furtives qui tentent d’instaurer undialogue. On ressent la tentation d’approcher un but inaccessible vers lequel toute l’énergie est dirigée. Cetunivers poétique nous touche car nous aussi, au cours de notre vie, nous passons de l’ombre à la lumièreet inversement.

Charley Case
Né en 1969 à Bruxelles (B), où il vit et travaille, Charley Case est un artiste polyvalent qu’il serait vain devouloir inscrire dans une quelconque mouvance ou filiation contemporaine. Citoyen du monde, libre etnomade, cet artiste protéiforme met en oeuvre installations, performances, lithographies, dessins, aquarelles,photographies et vidéos… pour dire son attachement à la Vie, à l’Homme, à la Terre. Grâce à cettepolyvalence, Charley Case présente des mises en scène toujours inédites. Fusains, encres et aquarellesdonnent vie à un monde imagé, oscillant de la lumière à l’obscurité, de l’origine de l’homme à sa finalité.Ses oeuvres emportent le spectateur dans une réflexion sur soi, sur le corps humain et sa présencedans un environnement naturel. L’utilisation de cercles, de ronds et de spirales, souligne l’importance qu’ilaccorde à la dimension temporelle. Ses grands tondi, figurant une foule de personnages engagés dans unmouvement sans fin, confrontent l’homme à son cycle de vie et nous rappellent continuellement que letemps passe. De même, les crânes humains, gravés par Charley Case, illustrent sa vision d’une existenceen perpétuel recommencement…

Eric Croes
Né en 1978 à La Louvière (B), Eric Croes est diplômé de l’atelier de sculpture de l’ENSAV La Cambre. Artistemultiple, il est à la fois sculpteur, peintre, vidéo jockey, concepteur de papier peint, scénographe, chanteur,et graphiste. Avec beaucoup de dérision, ce jeune artiste aux multiples casquettes fait basculer l’imageriekitsch dans un univers cru et parfois inquiétant. Ses motifs, puisés le plus souvent dans une iconographiesentimentale et mièvre, donnent lieu à des détournements percutants. Par une subtile maîtrise de l’ambiguïtéet du paradoxe, il parvient à transformer ces chocs visuels en véritables petits attentats poétiques.À travers son imagination déraillante, les images les plus inoffensives sont susceptibles de devenir leterrain de scénarios tragiques. À l’aide d’un vocabulaire simple et efficace, Eric Croes sonne le glas dubonheur enchanté des boules à neige. Ces petits mondes sont désormais menacés par des dangers imminents.Guettés par des créatures malveillantes, ses campeurs oisifs ou ses bateaux en pleine mer, qu’ilmet en scène sous globes, sont tous promis à un destin cruel. Et nous, dont l’artiste a fait ses complices, nesommes que les spectateurs géants et impuissants face à ces drames miniaturisés.

Dany Danino
Diplômé de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, lauréat (2007) du Prix Jos Albert de l’Académieroyale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique Dany Danino (1971, vit et travaille àBruxelles) développe une écriture figurative dense et personnelle, dont la marque est l’utilisation du stylobillebleu. À forte charge expressive, l’utilisation du stylo à bille bleu sature la page, s’impose dans la tramed’un dessin qui s’attache tant au détail qu’à la surface inlassablement tissée et retissée. Une iconographiequi puise l’essentiel de sa substance dans la manne médiatique, laquelle vient nourrir un corpus personnelet obsessionnel. Dany Danino compose une partition libre où se déploie un inconscient bouillonnantprompt à exprimer un être au monde, entre Eros et Thanatos, sublimation et hallucination. Champignonsatomiques, bestiaires, parfois fantastiques, études anatomiques, écorchés, crânes, vulves ou coeurs sontportés par la nécessité à dire le flux de l’existence et, tout à la fois, l’effroi primal. La lithographie, la sérigraphie,les eaux-fortes, les grattages comptent également parmi les nombreuses techniques qu’il sollicitepour générer une orgie de textures et de matières, des états de surface contrastés.

Wim Delvoye
Wim Delvoye, né à Wervik (Flandre-Occidentale) en 1965, vit et travaille à Gand (B). Enfant terrible de l’artcontemporain belge, provocant et drôle, Wim Delvoye aime ouvrir les portes à toutes sortes de réflexionsartistiques par l’assemblage de divers univers. Le laboratoire scientifique devient, par exemple, la machineCloaca. Le tatouage ancestral est mis à la disposition d’involontaires cochons. Wim Delvoye parcourt l’artcontemporain comme un homme de son temps, tout ce qui l’entoure devient sa plaine de jeu artistique.Homme d’affaires et dirigeant d’entreprise, c’est aussi un poète qui n’a pour frontière que son imagination...sans borne. Des intestins humains, des doigts d’honneur, des baisers, des fellations, des viergesenceintes sur des tables à repasser, des porcs en position de copulation sont radiographiés et accèdentainsi au statut de vitraux païens. Ces morceaux de viande passés aux rayons X dévoilent leur message athéegrâce à la lumière que le vitrail transfigurait autrefois en divin. En effet, si dans les églises, les vitrauxassuraient communément les passages entre la Terre et le Ciel, ceux de Delvoye renvoient au contraire àl’intérieur des corps. Cet assemblage d’inox et de verre forcela réflexion sur le corps et l’âme, la pureté etl’impureté, la religion et l’abjection. Grimaçants et cyniques, les crânes, les ossements et leurs dérivés sepaient le luxe de pouvoir être interprétés comme autant de vanités modernes. Autant d’actions sacrilègesfigurées dans le médium associé à la religion chrétienne ; autant d’illustrations du péché de la chair dansl’espace dévolu à l’expression de la pureté et de l’abstinence.

Laurence Dervaux
Laurence Dervaux, née en 1962 à Tournai, vit et travaille à Kain (B). Avant de se dévoiler, les sculptures etobjets de Laurence Dervaux offrent au regard une vision esthétique qui immerge le visiteur dans un parcoursle menant du plaisir du regard à l’inconfort. En effet, l’apparence séduisante de ses agencementssculpturaux laisse rapidement la place à l’identification des matières. L’incertitude s’insinue alors au creuxde cette ambiguïté mystérieuse. L’artiste visite la limite fragile entre le réel, son apparence et sa représentationpour mettre en place des dispositifs illusoires. Ainsi, si la calotte d’un crâne humain pourrait êtreinterprétée, au premier regard, comme un coquillage fermé, la forme initiale se dévoile être un morceau deboîte crânienne recouvert de feuilles d’or et ce, uniquement par l’intermédiaire de son reflet dans un miroir.A la fascination des premiers regardsse substitue un sentiment de répulsion inhérent au matériau de cettevanité. L’artiste cherche à formuler la grandeur et la fragilité du corps humain. Les dispositifs séducteursmis en place dans Les Ossements humains bobinés de fil rouge entretiennent un jeu subtil entre l’évocationd’une forme, son pouvoir d’attraction et la réalité de ce qui est montré. Le symbole de la condition humaineréactualisé et réactivé provoque un vacillement progressif et transgressif. Cette oeuvre, à la fois attirante etoppressante, et le fil rouge qui la sous-tend tissent une autre vision de l’être.

Olivia & Yves Dethier Droeshaut
Olivia Droeshaut, née en 1972, et Yves Dethier, né en 1967, vivent et travaillent ensemble à Bruxelles (B).Baignés dans le monde de la photographie de mode, ils dépassent rapidement les sujets narratifs pouroffrir une vision très personnelle de leur travail. ELLE, Gentleman magazine ou encore le magazine Ladiespublient régulièrement leurs photographies, mais c’est en 2004, pour une série de portraits des athlètesbelges participant aux Jeux olympiques d’Athènes, qu’ils obtiennent le 1er prix des Belgian Fuji Awards2004. La quête de l’humain, dans son intimité et sa faiblesse, voilà le chemin partagé par Olivia Droeshautet Yves Dethier, dans un art en constante évolution. Leur approche, par le biais demises en scène élaborées,crée une narration fantasmagorique. Comme en témoigne la série de portraits de personnalités belgesissues de Wallonie, telles que Benoît Poelvoorde, Albert Frère, Jean Galler, Julos Beaucarne, présentée en2007 à Paris CWB Beaubourg.Pour Olivia Droeshaut, la photographie est indissociable d’un chemin de vie.Cathartique, son travail la révèle à elle-même, la pousse dans ses limites, l’obligeant à les transgresser.À travers la multitude de visages, qu’elle scrute, avec cruauté et innocence, ce sont ses propres démonsqu’elle regarde en face. Yves Dethier vit son art comme une quête existentielle, à l’affût de moments rares,partagés dans un espace-temps hors du monde. De leur rencontre naît l’échange, des modèles rencontrésse dégagent la forme. Créant une fiction, ces vibrations éphémères dépeignent le fil invisible qui nous relie,nous, humains.Olivia Droeshaut et Yves Dethier développent une oeuvre très personnelle, témoin d’un universsombre et ludique à la fois. Un travail d’introspection, où ils aiment à faire surgir les démons afin demieux comprendre ce qui anime l’être humain en général.

Jacques Dujardin
Jacques Dujardin, né en 1956, vit et travaille à Tervuren (B). Dans un moule bien déterminé par l’artiste, sesreprésentations étranges et ambigües prennent naissance comme des clones. Les figures humaines sontdes silhouettes identiques, ombres à l’apparence humaine. Homme ou femme ? De dos ou de face ?JacquesDujardin utilise la crépine de porc et les semences de gazon dont l’éclosion et la croissance appartiennentpleinement au processus créatif et à sa conceptualisation. La crépine de porc, qu’il découpe minutieusementen suivant les contours de ses gabarits, n’est pas étrangère à la vie de Dujardin qui, enfant, accompagnaitchaque mercredi son père, boucher, aux abattoirs. La fonction vitale de la crépine, c’est d’alimenterle corps en nutriments digérés et prévenir la propagation de virus et de bactéries dans le sang. Dujardinconfronte le spectateur à la précarité de l’existence humaine, ainsi qu’à ses activités primaires : se nourrir,digérer, vivre, mourir. Le contraste entre ces figures clonées et la matière utilisée évoque clairement laquestion de l’utilisation des apparences, de même que le fantasme d’immortalité poursuivi par l’homme.Un rêve de perfection inaccessible…Les portraits végétaux de Jacques Dujardin convergent parfaitementavec sa production animale. Les semences, elles aussi disposées dans un cadre limité, germent, éclosent,grandissent dans les limites se frayant un chemin vers la lumière pour finalement dépérir et sécher.

Jan Fabre
Jan Fabre est né en 1958 à Anvers (B) où il vit et travaille. À la fois dessinateur, sculpteur, chorégraphe etmetteur en scène de théâtre, la polymorphie de son oeuvre fait de lui un artiste véritablement inclassable.Connu pour ses sculptures de scarabées, insectes vénérés dans l’Egypte ancienne,il évolue vers des installationsqui expriment son univers fantastique. Le corps humain est confronté à des métamorphoses liéesaux grands thèmes de la vie et de la mort.L’artiste donne naissance à des créatures issues d’un bestiaireinconnu suivant ainsi la tradition picturale des Primitifs flamands. L’animal est en chacun de nous et peuten sortir en revêtant les plus étonnants des atours. La science, l’art, la folie s’allient pour donner naissanceà une création jubilatoire qui cultive, et célèbre cependant, le côté macabre de la vie.

Alessandro Filippini
Né en 1946 à Rome, Alessadro Filippini vit et travaille à Beersel (B). Tracer est le travail qu’AlessandroFilippini a développé depuis ses études à l’Académie des Beaux-Arts de Rome, complétées par celles à LaCambre à Bruxelles. L’artiste s’approprie l’espace libre qui l’entoure. Le verbe sera dorénavant son compagnonde route.La force du verbe fait que le mot prend une autre ampleur, une force signifiante intrinsèque,qui laisse libre cours à l’interprétation et au jeu des sentiments. La force du temps qui passe, la mémoireet ses traces inscrites au fond de l’âme, nous jouent des tours au détour du regard. Comment, dès lors,revivre toutes les vies retenues sous nos mains, si ce n’est en les emprisonnant dans une urne en verre ?Reliquats de vie, ces minuscules traces que nous répandons sur notre passage sont, ici, enfermées pourrenvoyer une image de transition, qui nous présente également une mise en abîme du commun. Trenteannées d’histoires touchées, lavées, rongées et garantes de la vie qui passe.Dans l’ensemble de son oeuvre, la narration devient contemplation. Il existe un profond désir de la part del’artiste d’amener le spectateur du rôle de lecteur à celui d’inventeur d’histoires. En d’autres termes, letravail d’Alessandro Filippini n’est pas une fin en soi mais une activation de rêves.

Manuel Geerinck
Né en 1961 à Bruxelles (B), Manuel Geerinck vit et travaille à New York depuis 2003. Son travail se situeentre l’abstrait et le figuratif, avec des références biologiques de l’ordre du vivant, une indicible origineassez mystérieuse. La vue est un sens équivoque. Notre cerveau s’empresse de corriger notre perceptionet d’actualiser nos références. Et si le travail de Geerinck nous replonge dans certaines de nos sensations,c’est sans doute parce qu’il rend fragile la cloison qui inhibe nos tabous et refoule nos pulsions de vie et demort. Au point qu’elle devient visible. Ses photos, exemptes de toute retouche électronique, attirent trèsfortement la curiosité. Les mobiles et les découpes de dessins sont mis en situation. Dans cette dynamiquecomme dans sa peinture, Manuel Geerinck nous emmène à la frontière de la figuration, dans un espace faitde matières palpables et de mystérieuse retenue. Une certaine fluidité se trouve à l’oeuvre dans ces tirageschromogèniques, le corps délictueux de la peinture s’y trouve exacerbé de sorte qu’il apparaît toujourssous forme de fétiche. Après une certaine disparition du medium plus traditionnel son retour dans le pleinchamp des arts visuels oblige la photographie à une réaction. Geerinck en prend l’initiative en organisant lachorégraphie de ses propres productions picturales pour leur donner un nouveau statut, le corps dansantde l’image peinte devient une photographie hors genre.

Jean-Luc Moerman
Jean-Luc Moerman, né en 1967, vit et travaille à Bruxelles (B). Son univers se caractérise par des formesétranges et abstraites aux couleurs parfois très vives, voire fluorescentes qui prennent vie sur de multiplessupports : toiles, posters, photos, autocollants, objets,… Son oeuvre s’inspire de l’univers de la rue, dugraffiti, de la BD, des mangas (BD japonaises), de la science-fiction, de la mode, de la publicité... S’il dessinedes tatouages sur des photos de stars, de personnalités politiques, des tableaux anciens..., Jean-LucMoerman aime aussi réaliser de gigantesques peintures murales.‘Je construis un univers, j’invente une réalité polymorphe et ouverte, faite d’objets mutants, hybrides,qu’aucun référent n’a le pouvoir d’expliquer, de justifier. Mes objets n’ont de justification que par les milieuxqui les accueillent et les prolongent, les endroits qui les font vivre, les personnes qui les déplacent, qui lesrendent actifs. Je conçois mon travail comme une prolifération multiple de formes modulables, poly-directionnelles,dépouillées de toute autorité, non indexables et sans provenance assignée, court-circuitantles dualités – le bien et le mal, le positif et le négatif, l’infiniment grand et l’infiniment petit, le monde et lesujet, le dehors et le dedans. Mes formes évoluent, elles se meuvent, elles créent de nouveaux possibles,mais elles ne dépassent rien, elles ne luttent contre rien, – elles cherchent simplement à changer de plansans cesse. Les hybrides, les objets mutants, sont produits par accident, et leur seule chance de survie estd’évoluer, de faire de leur anomalie le lieu d’une réinvention : alors qu’ils auraient dû disparaître, les êtresmutants changent de plan, transformant leur anomalie en création positive. L’hybride est pour moi unenouvelle forme de penser, de voir le monde, de le construire-déconstruire.’ (Jean-Luc Moerman)

Michel Mouffe
Michel Mouffe, né en 1957, vit et travaille à Bruxelles (B). Avec Michel Mouffe, nous sommes simultanémenten présence d’un tableau monochrome qui se détache du mur et face à une sculpture en couleur unique,polie presque industriellement. Le discours esthétique devient l’unique propos d’une oeuvre très formellequi déjoue les canons de la beauté traditionnelle. En effet, la beauté d’une forme tient pour une grande parten sa description formelle, une bulle, une larme ou encore une goutte. Comment parler alors d’un travailindescriptible, non formel et non conventionnel ? Les recherches de Michel Mouffe l’ont poussé à casserle cadre de la toile, à déformer ses structures tout en cherchant à retracer l’indescriptible matière de lacouleur. Reflets, nuances, variétés des tons, fibres et rythmes, tout, dans le travail de Mouffe, se rapporte àla matière. Aujourd’hui, il déploie son support qui devient, par la force des choses, sculpture tridimensionnelle,belle comme une forme créée par la nature qui apparemment n’a bénéficié d’aucune force humaine.C’est peut-être vers quoi l’artiste nous propose un cheminement.

VINCENT SLOHEID
Artiste protéiforme, né en 1968 à Malmédy, Vincent Solheid vit et travaille à Bruxelles (B). Auteur, en 2011,d’un premier long métrage pour le cinéma, Le Grand’ tour, n’est qu’un aspect du travail considérablequ’effectue cet artiste qui aime à ouvrir toutes les portes de la création. Le film a été sélectionné au Festivalinternational de Rotterdam, au Festival de Cannes, … comme à la parade…La musique, les concerts, les performances, les Revues Freaksviliennes,aux côtés de Jacques Duval et deJuan d’Oultremont, par exemple ne font qu’apporter à Vincent Solheid la confirmation qu’en création, onpeut briser les frontières et vivre pleinement ses passions artistiques. La ligne constante, tenue et pourtantinclassable, qui parcourt son travail c’est l’amour passionné qu’il voue au carnaval ; à ces jours, tantattendus, où tout peut être comme de l’autre côté du miroir. À cette parenthèse où tout peut sembler etêtre tout autre, où rien n’est réellement certain et pourtant, c’est là, bien présent. L’artiste sait à quel pointce que l’on montre est possible et en même temps, pas toujours… Des saints, des Vierges, des Christ enplâtre deviennent des jouets de plastique, des caricatures ou des masques portés. Et si l’homme pouvaitréellement devenir saint un jour, une heure ?

Bénédicte van Caloen
Née à Bruges en 1960, Bénédicte van Caloen vit et travaille à Waterloo (B). Le monde sculpté de Bénédictevan Caloen construit le dialogue dépouillé de la figure et de l’espace dans une relation qui tend à l’absoluevérité et à l’unicité du sujet. L’artiste organise un échange, une relation de connivence entre ses effigiestotémiques. Ces innombrables personnages surgissent dans leur immédiateté et leur discours soutientl’expression la plus humaine qui soit : le regard. Les totems de Bénédicte van Caloen sont autant de fétichessacrés, porteurs d’une histoire, que le groupe ne dévoile qu’en cas d’absolue nécessité. Le symbolequi habite l’objet est décodé et perçu autrement par chaque spectateur dans un moment unique de relationavec son monde. Parce que le peuple créé par l’artiste est, avant tout, le nôtre. L’artiste aspire à l’uniond’une puissance formelle et d’une fragilité technique tout théorique. Et c’est précisément ici que se trouvel’une des clefs de lecture de son oeuvre. Parce qu’en réalité Bénédicte van Caloen est d’abord graveur,son atelier rassemble des papiers, des chiffons et des encres, des odeurs, des assortiments d’humiditéet de terre, de papiers recyclés et de colle. Un univers de terres d’ombre. Ses gravures, lino et bois, sontdes recherches de rythme et d’encre. Ses papiers collés, sculptés sur des structures en trois dimensions,deviennent sculptures. Nous sommes en sculptures, en ombres et en lumières. Nous sommes en vides eten pleins. Nous sommes proches, enfin, d’une certaine méditation.

Patrick van Roy
Né à Bruxelles en 1972, Patrick van Roy vit et travaille à Bruxelles (B). Il présente de grands portraits d’adolescentsimprimés sur plexiglas et éclairés par l’arrière, un peu comme ces images de publicités présentéesen abris bus. Les traits sont ceux d’une fille, mêlés à ceux de trois garçons. Étrange composition queces traits de trois garçons qui emplissent la ligne générale d’une fille. L’ensemble nous présente pourtantl’image d’une adolescente, somme toute, fort jolie. L’essence de ce travail, nous propose la vision d’un portraitcomme dans un livre. Cependant, l’histoire est tout autre, c’est le portrait qui est à lire. La lecture del’oeuvre nous mène aux dangers et aux déchirures qui pistent ces êtres fragiles et chacun de ces portraitsporte une douleur, les stigmates d’une vie à peine vécue. Paradoxalement, la photographie qui auraitpour rôle de nous rendre le vrai, nous prouve, ici, toute l’ambiguïté de sa fonction face à ces portraitstotalement faux et recomposés. Leur beauté réside dans la proportion des parties. C’est la ‘Grande Théorie’chère aux peintres de la Renaissance qui atteint son apogée en 1520. Nous retrouvons, ici, un peu decette beauté inquiète, surprenante et angoissante du Maniérisme. La recomposition ‘Archimboldienne’ dutableau, nous interroge sur la notion de beauté d’autant plus que l’artiste nous propose des portraits deface, conventionnels et gracieux, mais dont le regard provocant nous suit et nous nargue.

Sofi Van Saltbommel
Sofi van Saltbommel, née en 1973, vit et travaille à Bruxelles (B). Artiste pluridisciplinaire, son travail, réaliséprincipalement en porcelaine, met la céramique contemporaine à l’honneur.Sans tabou, ni pudeur, le travail sculptural de Sofi Van Saltbommel dévoile avec franchise sa vision sensuelleet ironique de la féminité. La femme, la féminité, la fécondité sont au coeur de ses formes, sansjamais se donner entièrement. La récupération, l’assemblage, la couture ou l’association d’objets anodinsou intimes renvoyant à la féminité – bandes hygiéniques, tétines, éponges, gants de ménage… – traduisentl’émotion du corps en transformation, la beauté féminine éphémère.La terre évoque des valeurs essentielles, originelles, sensorielles. Sa plasticité porte l’artiste vers l’explorationdu vide, du creux, de la matrice, du moulage. Basées sur l’action de l’empreinte, les sculptures associentdes fragments informes pour édifier des organes rampants ou affaissés, des concrétions minérales,des floraisons fossilisées. Le recours à des fragments de parure (bas en nylon, fausse fourrure...) brouilletoute lecture trop immédiate des matériaux céramiques.L’oeuvre de Sofi van Saltbommel renvoie constamment à une proximité avec le corps. Et si ses céramiquesproduisent à la fois l’attirance et la répulsion, elles sont également des brèches où l’imaginaire s’engouffreintuitivement.

Organisation: Galerie Antonio Nardone & vzw rond point des arts, curator Antonio NARDONE